Ophtalmologie générale · Article M15

Médicaments toxiques pour la vue : la liste à connaître

Validation médicale. Article relu et validé par le Dr Damya Bennai, médecin ophtalmologue (plan éditorial validé en ). Prochaine relecture programmée : mai 2027.

Antipaludéens, corticoïdes au long cours, certains antibiotiques ou antiépileptiques : plusieurs médicaments courants peuvent avoir une toxicité oculaire significative. Connaître ces traitements et le rythme de surveillance ophtalmologique est essentiel pour éviter les conséquences irréversibles.

En bref

  • L'hydroxychloroquine impose un suivi rétinien annuel à partir de 5 ans de traitement.
  • Les corticoïdes au long cours (oraux ou en collyre) exposent à la cataracte et au glaucome cortisoniques.
  • L'éthambutol (antituberculeux) peut atteindre le nerf optique : bilan préalable et suivi mensuel.
  • Ne jamais arrêter un traitement de son propre chef : toujours en discuter avec le prescripteur et l'ophtalmologue.

Information essentielle

Cet article a une vocation pédagogique. Il ne se substitue pas au suivi médical de votre prescripteur et de votre ophtalmologue.

Aucune des informations ci-dessous ne doit conduire à arrêter ou modifier un traitement sans avis médical.

Hydroxychloroquine et chloroquine (Plaquenil, Nivaquine)

Utilisée dans le lupus, la polyarthrite rhumatoïde, le syndrome de Sjögren et certaines maladies dermatologiques, l'hydroxychloroquine peut induire une toxicité maculaire de type maculopathie en cocarde, irréversible si elle est dépistée tardivement.

Facteurs de risque : dose journalière supérieure à 5 mg/kg de poids idéal, durée supérieure à 5 ans, insuffisance rénale, maladie maculaire préexistante, prise associée de tamoxifène.

Surveillance recommandée selon les guidelines (American Academy of Ophthalmology, à vérifier pour les dernières mises à jour) :

Bilan de référence dans l'année qui suit l'initiation : OCT maculaire, champ visuel 10°-2 ou 24°-2 selon les normes locales.

Pas de surveillance systématique entre 1 et 5 ans en l'absence de facteur de risque.

Au-delà de 5 ans : bilan annuel.

Plus tôt et plus fréquent en cas de facteur de risque.

Corticoïdes (oraux, injectables, en collyre)

Les corticoïdes au long cours, qu'ils soient oraux, en injection ou même en collyre, peuvent entraîner :

Cataracte sous-capsulaire postérieure : irréversible, traitée par chirurgie standard de la cataracte.

Glaucome cortisonique : hypertonie oculaire pouvant atteindre des chiffres très élevés, avec atteinte du nerf optique si non dépistée. Particulièrement fréquent chez les enfants et chez les patients déjà à risque de glaucome.

Choriorétinopathie séreuse centrale : décollement séreux maculaire spontanément régressif après arrêt, mais récidivant.

Surveillance recommandée : mesure de la pression intra-oculaire dès les premières semaines de traitement, puis tous les 3 à 6 mois. Examen du fond d'œil et du cristallin à chaque consultation. Attention aux corticoïdes en collyre prescrits en automédication ou pour une affection chronique (allergie, sécheresse) — le risque cortisonique existe même en topique.

Éthambutol (antituberculeux)

L'éthambutol peut induire une neuropathie optique toxique : baisse d'acuité visuelle indolore, dyschromatopsie d'axe rouge-vert, scotome central. Le risque dépend de la dose, de la durée et de la fonction rénale.

Surveillance recommandée : bilan ophtalmologique préalable obligatoire (acuité, vision des couleurs, champ visuel central, fond d'œil), puis suivi mensuel pendant toute la durée du traitement. Toute baisse de l'acuité visuelle ou modification de la vision des couleurs impose l'arrêt immédiat du traitement (en concertation avec le pneumologue ou l'infectiologue).

Tamoxifène (cancer du sein)

Risque de maculopathie cristalline (dépôts intra-rétiniens) et plus rarement d'atteinte cornéenne. La toxicité est dose-dépendante.

Surveillance recommandée : bilan ophtalmologique préalable, puis surveillance annuelle. Pas d'arrêt systématique en cas de maculopathie cristalline asymptomatique — décision conjointe avec l'oncologue.

Amiodarone (cardiologie)

Dépôts cornéens (cornée verticillée) chez plus de 70 % des patients traités au long cours. Ces dépôts sont bénins, asymptomatiques le plus souvent, et n'imposent pas l'arrêt du traitement. Plus rarement, une neuropathie optique amiodaroniqe (controversée dans certains cas) peut conduire à une réévaluation du traitement avec le cardiologue.

Vigabatrin (antiépileptique)

Risque de rétrécissement irréversible du champ visuel périphérique, parfois sévère. Surveillance par champ visuel obligatoire pendant toute la durée du traitement, en concertation avec le neurologue.

Topiramate (antiépileptique, migraine, perte de poids hors AMM)

Peut induire un syndrome de glaucome aigu par fermeture de l'angle dans les premières semaines de traitement : douleur oculaire brutale, baisse de vision, rougeur, céphalées. Urgence ophtalmologique imposant l'arrêt du traitement et le traitement spécifique de la crise.

Fluoroquinolones (antibiotiques)

Risque rare mais documenté de décollement de rétine et de tendinopathies cornéennes par le mécanisme de fragilisation collagénique. La prudence est recommandée chez les forts myopes et les patients aux antécédents de pathologie rétinienne. Toute baisse de vision pendant un traitement par fluoroquinolone impose une consultation.

Bisphosphonates

Risque d'uvéite, sclérite, conjonctivite. Tableau qui régresse à l'arrêt du traitement. Toute rougeur oculaire douloureuse en cours de traitement doit conduire à consulter.

Sildénafil et autres inhibiteurs de la PDE5

Effets visuels transitoires fréquents et bénins : vision bleutée, photophobie, halos. Plus rarement, neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique (NOIAA) — toute baisse brutale de vision impose l'arrêt et une consultation urgente.

Anti-tuberculeux isoniazide (INH), linézolide, interféron

Atteintes possibles du nerf optique, à des fréquences variables. Surveillance ophtalmologique régulière pendant la durée des traitements à risque.

Médicaments cytotoxiques en cancérologie

De nombreuses molécules récentes (immunothérapies, anti-cancéreux ciblés) ont des effets oculaires spécifiques : œdème papillaire (MEK inhibiteurs), atteintes cornéennes (cytarabine, érlotinib), uvéites (immunothérapies). Le suivi est de plus en plus systématique en hématologie et oncologie, en collaboration étroite avec l'ophtalmologue référent.

Que faire si vous prenez un traitement à risque ?

Toujours signaler à votre ophtalmologue tous vos traitements en cours, même ceux qui semblent éloignés de l'œil.

Demander à votre prescripteur si un bilan ophtalmologique préalable est recommandé.

Respecter le calendrier de surveillance prévu.

Consulter sans délai pour toute modification visuelle inhabituelle.

Ne jamais arrêter un traitement de votre propre initiative — en parler à votre prescripteur.

Questions fréquentes

Mon collyre antiallergique contient un corticoïde, dois-je m'inquiéter ?

Les collyres corticoïdes vendus uniquement sur ordonnance peuvent être utilisés ponctuellement sans risque majeur. C'est l'usage prolongé ou répété en automédication qui expose à la cataracte et au glaucome cortisoniques. Toujours respecter la durée prescrite.

J'ai pris de l'hydroxychloroquine pendant 3 ans, dois-je faire un bilan ?

Un bilan de référence dans l'année qui suit l'initiation est recommandé. Entre 1 et 5 ans, la surveillance n'est pas systématique en l'absence de facteur de risque. Au-delà de 5 ans, un suivi annuel est nécessaire. À discuter avec votre médecin et votre ophtalmologue.

Les compléments alimentaires peuvent-ils être toxiques pour la vue ?

À doses physiologiques, non. Les fortes doses de vitamine A (rétinol) prises au long cours peuvent provoquer un syndrome d'hypertension intra-crânienne avec œdème papillaire. La prudence s'impose avec l'auto-médication par compléments.

Combien de temps après l'arrêt du médicament la vision revient-elle ?

Cela dépend de la molécule et du type d'atteinte. Certaines toxicités sont réversibles après arrêt (dépôts cornéens à l'amiodarone, œdème papillaire à l'isoniazide), d'autres sont irréversibles si l'arrêt est tardif (maculopathie à l'hydroxychloroquine, neuropathie sévère à l'éthambutol).

Quels signes doivent m'alerter pendant un traitement à risque ?

Toute baisse de vision même légère, modification de la vision des couleurs, scotomes, photophobie inhabituelle, douleur oculaire. Dans le doute, mieux vaut consulter qu'attendre.

À retenir au cabinet du Dr Bennai

La Dr Damya Bennai vous reçoit en consultation à Paris 17e (12 rue Lamandé) et à Saint-Denis (Centre Ophtalmologique CCN — 10 boulevard Anatole France). Prise de rendez-vous sur Doctolib. Conventionnée secteur 2, signataire de l’OPTAM.

Pour aller plus loin

Information à visée pédagogique

Ce contenu a une finalité d'information générale. Il ne constitue pas un avis médical personnalisé et ne se substitue pas à une consultation. Pour toute question relative à votre santé visuelle, consultez votre ophtalmologue.

Auteure : Dr Damya Bennai, ophtalmologue — RPPS 10100692705 — Inscrite au Conseil départemental de l'Ordre des médecins de Seine-Saint-Denis.

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